Le sharenting : ce que publier la vie de son enfant en ligne peut couter a son image future

Depuis la naissance de son fils, Émilie partage régulièrement des photos de lui : son premier bain, ses bêtises, ses colères. Ses amis adorent suivre cette évolution. Mais son fils, aujourd’hui âgé de huit ans, commence à demander pourquoi certaines photos de lui, prises quand il était petit, circulent encore en ligne sans qu’il ait jamais donné son accord. Cette situation, de plus en plus fréquente, porte un nom : le sharenting, la publication par les parents de contenus concernant leurs enfants.

Le vrai problème n’est pas de partager la parentalité, c’est l’absence de consentement

Partager la joie ou les défis de la parentalité n’a rien de problématique en soi. La difficulté apparaît lorsque l’enfant, incapable de consentir à cet âge, se retrouve avec une identité numérique construite avant même de pouvoir en décider. Ces contenus, une fois publiés, échappent largement au contrôle des parents et peuvent ressurgir des années plus tard, dans un contexte que l’enfant devenu adulte n’aura pas choisi.

Le test : votre pratique de partage respecte-t-elle l’enfant à venir ?

  • Vous publiez des photos de moments vulnérables ou embarrassants de votre enfant (bain, colère, punition)
  • Vous ne vous demandez pas si votre enfant, une fois adulte, apprécierait ce contenu en ligne
  • Vous partagez des informations précises (école, lieu de vie) qui permettraient de le localiser
  • Votre enfant a déjà exprimé une gêne face à une publication le concernant
  • Vous n’avez jamais réfléchi à demander l’avis de votre enfant dès qu’il est en âge de comprendre

Les 3 facteurs humains derrière le sharenting

La fierté parentale naturelle

Le désir de partager les étapes de la vie de son enfant est un réflexe humain normal, renforcé par les réactions positives immédiates reçues sur les publications, ce qui encourage à recommencer sans toujours mesurer les conséquences à long terme.

La sous-estimation de la permanence numérique

Un contenu publié aujourd’hui peut rester accessible pendant des années, bien au-delà de l’intention initiale du parent, echappant à tout contrôle une fois partagé ou repartagé par des tiers.

La confusion entre l’enfant présent et l’adulte à venir

Le parent réagit souvent à l’enfant tel qu’il est aujourd’hui, sans se projeter suffisamment sur la personne qu’il deviendra, et sur le regard que cette personne future portera sur ce contenu publié en son nom.

Un enfant n’a jamais choisi son image publique ; c’est aux adultes de la préserver jusqu’à ce qu’il puisse le faire lui-même.

Le palier à franchir cette semaine

  1. Passez en revue vos publications récentes concernant votre enfant et retirez celles qui l’exposent inutilement
  2. Demandez son avis à votre enfant avant de publier une photo de lui, dès qu’il est en âge de répondre
  3. Privilégiez des cercles restreints et privés plutôt qu’une diffusion publique pour les contenus familiaux

Ce besoin de préserver une image de soi avant d’avoir pu la choisir ne concerne pas que les enfants : il touche aussi les adultes lorsqu’un contenu ancien, publié des années plus tôt, resurgit soudainement et vient contredire l’image qu’ils projettent aujourd’hui.

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