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L’ego ne cherche pas toujours la vérité. Il cherche d’abord à protéger l’image que nous avons de nous-mêmes. Et lorsqu’il se sent menacé, il peut déformer les faits, rejeter les critiques, aggraver un conflit et nous pousser à prendre précisément la décision que nous regretterons ensuite.
Le problème n’est pas d’avoir un ego
Il est 19 h 42.
Votre partenaire vous dit :
« Tu avais encore oublié de me prévenir. »
Objectivement, la phrase porte sur un comportement précis : vous n’avez pas transmis une information.
Mais votre cerveau n’entend pas forcément cela.
Il peut traduire :
« Tu es irresponsable. »
Ou :
« Elle pense qu’elle est meilleure que toi. »
Ou encore :
« Il cherche à te contrôler. »
En quelques secondes, vous ne répondez plus au problème initial. Vous défendez votre identité.
Vous expliquez que l’autre exagère.
Vous rappelez ses propres erreurs.
Vous contestez le ton employé.
Vous produisez trois arguments, deux contre-attaques et un dossier d’archives datant de 2022.
Tout cela pour éviter une phrase pourtant beaucoup plus simple :
« Oui, j’ai oublié. »
Bienvenue dans le fonctionnement ordinaire de l’ego.
Qu’est-ce que l’ego, exactement ?
Dans cet article, le mot ego n’est pas utilisé comme un diagnostic psychologique.
Il désigne simplement le système mental qui protège :
- l’image que nous avons de nous-mêmes ;
- notre sentiment de valeur ;
- notre statut ;
- notre compétence ;
- notre cohérence ;
- notre besoin d’être considéré comme une personne raisonnable, respectable et plutôt brillante.
L’ego n’est donc pas nécessairement mauvais.
Il nous aide à :
- maintenir une identité stable ;
- défendre nos limites ;
- préserver notre dignité ;
- agir avec confiance ;
- résister à certaines humiliations ;
- poursuivre nos objectifs.
Le danger apparaît lorsqu’il ne protège plus seulement notre dignité, mais nous empêche d’observer la réalité.
Un ego sain protège la personne. Un ego défensif protège son histoire, même lorsque cette histoire est fausse.
Le facteur humain : quand l’image de soi entre dans la décision
Dans les facteurs humains, une erreur ne vient pas uniquement d’un manque d’intelligence ou de connaissances.
Elle peut apparaître lorsqu’une personne :
- refuse une information qui menace son statut ;
- minimise une erreur pour préserver sa réputation ;
- poursuit une décision devenue mauvaise ;
- transforme une remarque en attaque personnelle ;
- cherche à avoir raison plutôt qu’à comprendre ;
- dissimule un doute pour paraître compétente.
Dans un avion, un hôpital, une entreprise ou un couple, le mécanisme reste étonnamment proche :
Lorsqu’une information menace l’identité de la personne qui doit l’utiliser, elle risque d’être rejetée, déformée ou combattue.
C’est ce qui rend l’ego particulièrement dangereux : il peut transformer un signal utile en ennemi.
1. L’ego transforme une information en humiliation
Imaginons qu’un collègue vous dise :
« Je pense qu’il manque une vérification dans ton dossier. »
Deux lectures sont possibles.
Lecture factuelle
« Une étape a peut-être été oubliée. Vérifions. »
Lecture défensive
« Il remet en cause ma compétence devant les autres. »
Dans la seconde lecture, l’objectif change.
Vous ne cherchez plus à savoir si le dossier comporte réellement une erreur.
Vous cherchez à démontrer que vous êtes compétent.
Vous pouvez alors :
- interrompre votre collègue ;
- chercher une faute dans son propre travail ;
- minimiser le risque ;
- sélectionner uniquement les informations qui vous donnent raison ;
- poursuivre malgré le doute.
La menace n’est plus le défaut du dossier.
La menace devient la personne qui l’a signalé.
Des expériences ont montré que certaines réactions à une atteinte de l’ego dépendent moins d’une faible estime de soi que d’une image de soi favorable, rigide ou narcissique brusquement contestée. Dans les études concernées, l’association entre narcissisme et insulte augmentait notamment les réactions agressives envers l’auteur de la critique. Cela ne signifie pas que toute personne sûre d’elle deviendra agressive, mais que la menace ressentie sur une image de soi fragile ou surinvestie peut déclencher une défense disproportionnée.
2. L’ego confond « j’ai commis une erreur » avec « je suis une erreur »
Cette confusion est l’une des plus destructrices.
Une personne capable de distinguer son identité de son comportement peut dire :
« J’ai pris une mauvaise décision. »
Une personne dont l’ego se sent menacé entend :
« Je suis mauvais, faible ou incompétent. »
Elle doit alors choisir entre deux souffrances :
- reconnaître l’erreur et modifier momentanément son image d’elle-même ;
- modifier son interprétation des faits pour conserver cette image intacte.
Le cerveau choisit parfois la deuxième option.
Il peut alors produire :
- « Tout le monde aurait fait pareil. »
- « On ne m’avait pas donné toutes les informations. »
- « Le problème vient surtout des autres. »
- « Ce n’était pas réellement une erreur. »
- « Le résultat est mauvais, mais la décision était excellente. »
- « Vous n’avez simplement pas compris ma stratégie. »
Une justification peut être exacte.
Mais lorsque toutes nos décisions deviennent inexplicablement parfaites et que tous nos échecs viennent du monde extérieur, ce n’est plus une analyse.
C’est un service de protection rapprochée pour ego sensible.
3. L’ego déforme notre perception de la justice
Dans un conflit, les deux personnes peuvent sincèrement se considérer comme raisonnables.
Chacune se souvient :
- de ses efforts ;
- de ses intentions positives ;
- des provocations de l’autre ;
- des concessions qu’elle a réalisées ;
- de la souffrance qu’elle a ressentie.
Elle connaît beaucoup moins précisément :
- les efforts invisibles de l’autre ;
- ses propres provocations ;
- les concessions qu’elle n’a pas remarquées ;
- la manière dont ses paroles ont été reçues.
Nous jugeons donc parfois une situation avec deux dossiers très différents :
- notre dossier intérieur, complet, détaillé et accompagné des circonstances atténuantes ;
- le dossier de l’autre, constitué principalement des comportements visibles qui nous ont dérangés.
Des recherches menées sur les conflits et les négociations ont montré l’existence de perceptions égocentrées de l’équité : chaque partie tend à concevoir la solution juste d’une manière favorable à sa propre position, avec des variations selon les contextes culturels.
Le problème de l’ego n’est pas seulement qu’il veut davantage. C’est qu’il peut sincèrement croire que davantage constitue la seule solution juste.
4. Celui qui n’est pas d’accord devient soudainement « biaisé »
Vous êtes convaincu d’avoir analysé la situation avec objectivité.
Une personne vous contredit.
Votre première hypothèse pourrait être :
« Elle possède peut-être une information que je n’ai pas. »
Mais l’ego préfère souvent une autre explication :
« Elle est jalouse. »
« Il est influencé. »
« Elle ne comprend rien. »
« Il refuse la vérité. »
« Cette personne a un problème avec moi. »
Des travaux expérimentaux ont montré que nous avons tendance à percevoir les personnes en désaccord avec nous comme davantage biaisées. Cette perception peut ensuite encourager des stratégies plus hostiles et participer à l’escalade du conflit.
Le désaccord n’est alors plus traité comme une différence d’analyse.
Il devient la preuve d’un défaut moral ou intellectuel chez l’autre.
La discussion se ferme.
Puis chacun rentre chez lui avec une excellente nouvelle : il avait raison avant la discussion, il a encore plus raison après, et l’autre vient de confirmer qu’il était effectivement insupportable.
5. L’ego préfère perdre plutôt que reconnaître qu’il s’est trompé
Supposons que vous investissiez :
- de l’argent dans un projet ;
- des années dans une carrière ;
- de l’énergie dans une relation ;
- votre réputation dans une décision ;
- publiquement votre soutien à une idée.
Puis les résultats deviennent mauvais.
Vous pourriez arrêter, corriger ou changer de direction.
Mais plus vous avez associé ce choix à votre identité, plus l’abandon devient douloureux.
Arrêter ne signifie plus seulement :
« Cette stratégie ne fonctionne pas. »
Cela semble vouloir dire :
« J’ai eu tort depuis le début. »
L’ego peut alors vous pousser à investir encore davantage pour sauver l’image de la décision initiale.
Des expériences sur l’escalade d’engagement ont observé qu’une menace pesant sur l’estime de soi pouvait conduire des participants à persister davantage dans des entreprises perdantes et à subir des pertes supérieures.
C’est ainsi qu’une erreur modeste devient parfois une catastrophe.
On ne cherche plus à sauver le projet.
On cherche à sauver l’auteur de la décision.
Lorsqu’une décision devient une extension de notre identité, la corriger peut nous sembler plus douloureux que continuer à perdre.
6. L’ego détériore la prise de décision
Une confiance solide peut améliorer l’action.
Mais une confiance devenue défensive peut produire l’effet inverse.
Des expériences ont montré qu’après une menace envers leur ego, certains participants à haute estime de soi choisissaient des objectifs trop risqués ou supérieurs à leurs capacités, obtenant finalement de moins bons résultats. Des recherches ultérieures ont précisé que ce problème semblait surtout concerner les formes défensives de haute estime de soi, et non toute confiance en soi élevée.
Dans la vie réelle, cela peut ressembler à :
- refuser de demander de l’aide ;
- prétendre maîtriser une situation incertaine ;
- accélérer pour prouver qu’on contrôle ;
- prendre un risque inutile après une critique ;
- promettre un résultat irréaliste ;
- ne pas consulter une personne plus compétente ;
- cacher une erreur jusqu’à ce qu’elle devienne incontrôlable.
Le danger n’est donc pas la confiance.
C’est la nécessité de prouver sa compétence précisément au moment où il faudrait accepter ses limites.
7. L’ego détruit la communication dans le couple
Dans le couple, l’ego apparaît rarement en annonçant :
« Bonjour, je viens empêcher toute résolution constructive. »
Il se déguise plutôt en phrases parfaitement ordinaires :
- « Ce n’est pas ce que j’ai dit. »
- « Tu exagères toujours. »
- « Je me suis déjà excusé. »
- « Et toi, alors ? »
- « Tu cherches uniquement à avoir raison. »
- « Tout le monde pense comme moi. »
- « Je sais très bien ce que tu ressens. »
- « Tu as mal compris. »
Prenons une situation simple.
Votre partenaire dit :
« Ce que tu as dit hier m’a blessé. »
Une réponse orientée vers la relation serait :
« Je n’avais pas cette intention, mais je veux comprendre l’effet que cela a eu sur toi. »
Une réponse pilotée par l’ego serait :
« Tu n’avais aucune raison d’être blessé, puisque je ne voulais pas te blesser. »
Dans cette deuxième réponse, votre intention efface l’expérience de l’autre.
Vous ne cherchez pas à réparer.
Vous cherchez à être acquitté.
Or, dans une relation, on peut avoir une intention acceptable et produire malgré tout un effet douloureux.
Reconnaître cet effet ne signifie pas accepter toutes les accusations.
Cela signifie comprendre qu’une interaction possède toujours au moins deux réalités :
- celle de celui qui agit ;
- celle de celui qui reçoit.
Des études sur les récits de transgressions montrent que les auteurs et les personnes blessées ne décrivent pas toujours les mêmes événements de la même manière. Les auteurs tendent davantage à souligner les éléments qui minimisent leur responsabilité, tandis que la qualité de la relation peut favoriser des interprétations plus bienveillantes et le pardon.
8. L’ego transforme une excuse en négociation commerciale
Une véritable excuse contient généralement :
- la reconnaissance du comportement ;
- la compréhension de son effet ;
- la responsabilité ;
- une volonté de réparation ;
- une modification future.
L’ego préfère une version plus économique :
« Je suis désolé que tu l’aies mal pris. »
Traduction :
« Je ne regrette pas réellement mon comportement, mais je reconnais que ton système émotionnel a connu un dysfonctionnement regrettable. »
Ou :
« D’accord, j’ai peut-être eu tort, mais toi aussi. »
L’excuse devient conditionnelle.
La responsabilité n’est acceptée qu’à la condition que l’autre comparaisse immédiatement au même tribunal.
Pourtant, reconnaître sa part ne signifie pas que l’autre n’en possède aucune.
Deux responsabilités peuvent coexister.
Deux personnes peuvent avoir mal agi.
Et, concept révolutionnaire, il est même possible de traiter les deux sujets séparément.
9. L’ego masculin et l’ego féminin : attention aux caricatures
L’ego n’est ni masculin ni féminin.
Les hommes et les femmes peuvent tous :
- refuser une critique ;
- protéger leur statut ;
- manipuler un récit ;
- chercher à gagner ;
- minimiser leur responsabilité ;
- avoir besoin d’admiration ;
- transformer une vulnérabilité en attaque.
Les formes d’expression peuvent varier selon :
- l’éducation ;
- les normes sociales ;
- la personnalité ;
- la culture ;
- le contexte ;
- l’histoire relationnelle.
Chez certaines personnes, l’ego devient bruyant :
- colère ;
- domination ;
- interruption ;
- intimidation ;
- surenchère.
Chez d’autres, il devient plus discret :
- silence punitif ;
- retrait ;
- ironie ;
- victimisation ;
- froideur ;
- mépris ;
- manipulation indirecte.
Une défense silencieuse n’est pas nécessairement plus saine qu’une défense bruyante.
Elle produit simplement moins de décibels.
10. L’ego dans la séduction : vouloir impressionner au lieu de rencontrer
Lorsqu’un homme ou une femme veut absolument paraître :
- intéressant ;
- désirable ;
- rare ;
- détaché ;
- puissant ;
- inaccessible ;
- supérieur aux autres prétendants,
une partie de son attention quitte la personne présente.
Elle se concentre sur l’image à produire.
La conversation devient une représentation.
On n’écoute plus pour comprendre.
On écoute pour préparer la prochaine phrase brillante.
On ne cherche plus la compatibilité.
On cherche la validation.
On n’observe plus si l’autre est à l’aise.
On vérifie s’il semble impressionné.
L’ego peut même préférer séduire une personne qui ne lui convient pas plutôt que d’accepter de ne pas lui plaire.
Le but n’est plus de construire une relation.
Le but est de gagner l’approbation.
La séduction pilotée par l’ego demande : “Comment obtenir cette personne ?” La séduction mature demande : “Sommes-nous réellement bien ensemble ?”
11. L’ego dans la sexualité : le plaisir de l’autre devient une note
Dans l’intimité, l’ego peut transformer le partenaire en examinateur.
L’homme ou la femme ne demande plus :
« Qu’est-ce qui te fait du bien ? »
Il ou elle cherche inconsciemment à entendre :
« Tu es exceptionnel. »
Une indication devient alors une critique :
- « Plus doucement » est entendu comme « Tu t’y prends mal » ;
- « J’ai besoin de temps » devient « Tu n’es pas assez excitant » ;
- « Je préfère autrement » signifie « Tu as échoué ».
Le partenaire peut donc finir par se taire pour protéger l’ego de l’autre.
Le plaisir réel diminue.
Mais l’image de compétence reste intacte.
C’est une victoire extrêmement coûteuse :
L’ego obtient une bonne note imaginaire, tandis que les deux partenaires vivent une expérience médiocre.
12. L’ego au travail : le silence devient dangereux
Dans une organisation, un responsable dominé par son ego peut créer un environnement dans lequel les collaborateurs apprennent à ne plus signaler :
- les erreurs ;
- les risques ;
- les doutes ;
- les mauvaises nouvelles ;
- les limites du projet.
Chaque objection est interprétée comme une remise en cause de son autorité.
Chaque difficulté devient la faute d’un subordonné.
Chaque succès confirme son talent.
Chaque échec confirme l’incompétence de l’équipe.
À court terme, le responsable peut se sentir respecté.
En réalité, les autres ont simplement appris à se taire.
Et lorsqu’une équipe ne transmet plus les mauvaises nouvelles, l’absence de signal ne signifie pas que tout va bien.
Elle signifie parfois que le système est devenu incapable de détecter ses propres erreurs.
13. Les réseaux sociaux ont industrialisé l’ego
Autrefois, une personne pouvait chercher l’admiration de son entourage.
Aujourd’hui, elle peut mesurer cette admiration :
- likes ;
- abonnés ;
- partages ;
- commentaires ;
- vues ;
- classements ;
- réactions.
Cette mesure constante peut transformer l’identité en tableau de bord.
Une publication fonctionne : le sentiment de valeur augmente.
Elle échoue : le cerveau cherche une explication.
Les plateformes ne créent pas l’ego humain.
Mais elles peuvent lui fournir :
- une audience permanente ;
- une comparaison infinie ;
- une récompense immédiate ;
- des communautés qui valident chaque croyance ;
- une possibilité constante de mettre en scène sa supériorité ou sa souffrance.
L’objectif n’est alors plus toujours de comprendre le monde.
Il peut devenir de produire la version de soi qui recevra le plus de validation.
Lorsque l’identité devient un contenu, reconnaître une erreur menace également la marque personnelle.
14. Comment reconnaître que votre ego a pris les commandes ?
Votre ego est probablement très actif lorsque :
- vous préparez votre réponse pendant que l’autre parle ;
- vous cherchez immédiatement un contre-exemple ;
- vous ressentez le besoin de corriger chaque détail secondaire ;
- vous ne supportez pas que l’autre termine la conversation avec une impression différente ;
- vous préférez perdre une relation plutôt que perdre un argument ;
- vous dites « je sais » avant d’avoir réellement écouté ;
- vous cherchez qui blâmer avant de comprendre ce qui s’est passé ;
- vous refusez une bonne idée parce qu’elle vient d’une personne que vous n’appréciez pas ;
- vous poursuivez une décision principalement pour éviter de reconnaître une erreur ;
- vous considérez toute demande d’ajustement comme une humiliation.
Le signal le plus révélateur reste peut-être celui-ci :
Votre priorité devient de modifier l’opinion que l’autre possède de vous, plutôt que de résoudre le problème présent.
La méthode Allectio : empêcher l’ego de prendre seul la décision
Il ne s’agit pas de supprimer l’ego.
Il s’agit d’éviter qu’il soit le seul membre présent dans la salle de décision.
1. Nommer la menace
Demandez-vous :
« Qu’est-ce qui est réellement menacé ici ? »
Votre sécurité ?
Votre dignité ?
Ou simplement l’image d’une personne qui ne se trompe jamais ?
2. Séparer l’identité du comportement
Remplacez :
« Si j’ai tort, je suis incompétent »
par :
« Une personne compétente peut prendre une mauvaise décision et la corriger. »
Votre erreur constitue une information sur une action.
Pas un jugement définitif sur votre valeur.
3. Revenir aux faits observables
Écrivez ou formulez :
- ce qui s’est objectivement produit ;
- ce que vous avez interprété ;
- ce que vous ressentez ;
- ce que vous devez encore vérifier.
Exemple :
Fait : mon partenaire a interrompu ma phrase trois fois.
Interprétation : il ne me respecte pas.
Émotion : colère et humiliation.
À vérifier : cherchait-il à me rabaisser, était-il anxieux ou essayait-il maladroitement de répondre ?
L’interprétation peut être exacte.
Mais elle ne doit pas être confondue avec le fait.
4. Rechercher activement ce qui pourrait vous donner tort
Posez-vous cette question inconfortable :
« Quelle information sérieuse me ferait changer d’avis ? »
Si la réponse est « aucune », vous ne cherchez probablement plus la vérité.
Vous protégez une position.
5. Demander un retour sans punir la réponse
Dire :
« Soyez honnête avec moi »
n’a aucune valeur si la personne sait que toute réponse désagréable déclenchera :
- colère ;
- froideur ;
- justification interminable ;
- vengeance ;
- retrait.
La sécurité psychologique se construit lorsque la personne qui reçoit le retour ne punit pas celui qui l’a formulé.
6. Choisir la solution qui protège le système, pas votre prestige
Dans un couple, demandez :
« Qu’est-ce qui protège notre relation ? »
Dans une équipe :
« Qu’est-ce qui protège la mission et la sécurité ? »
Dans une décision personnelle :
« Que choisirais-je si personne ne savait que la première idée venait de moi ? »
Cette dernière question peut être brutale.
Elle est aussi remarquablement efficace.
La confiance n’est pas l’absence de doute
Une personne réellement confiante peut dire :
- « Je ne sais pas. »
- « J’ai besoin d’aide. »
- « Tu avais raison. »
- « J’ai mal compris. »
- « Mon idée ne fonctionne pas. »
- « Reprenons depuis le début. »
Ces phrases ne démontrent pas une faiblesse.
Elles démontrent que l’identité de la personne est suffisamment solide pour survivre à une correction.
Les recherches sur l’affirmation de soi suggèrent d’ailleurs qu’aider une personne à se reconnecter à des valeurs personnelles plus larges peut réduire certaines réactions agressives provoquées par une menace envers l’ego. Dans une expérience de terrain menée auprès d’adolescents, un bref exercice d’affirmation des valeurs a réduit l’agressivité narcissique après une atteinte de l’ego.
L’humilité n’est pas penser que l’on ne vaut rien. C’est savoir que notre valeur ne disparaît pas lorsque nous avons tort.
Le véritable opposé de l’ego n’est pas la faiblesse
Ce n’est pas :
- se laisser écraser ;
- accepter toutes les critiques ;
- ne jamais défendre son point de vue ;
- renoncer à ses limites ;
- considérer que les autres ont toujours raison.
L’opposé d’un ego défensif est une identité suffisamment stable pour :
- examiner une critique ;
- rejeter ce qui est injuste ;
- accepter ce qui est fondé ;
- reconnaître une limite ;
- changer de décision ;
- conserver sa dignité sans humilier l’autre.
Il existe également une différence importante entre agressivité et assertivité.
L’assertivité consiste à défendre clairement sa position et ses limites sans chercher à blesser. Certaines recherches sur les réactions aux menaces de l’ego insistent justement sur la nécessité de distinguer les réponses affirmées des réponses agressives.
Ce qu’Allectio veut enseigner
Chez Allectio, le facteur humain ne consiste pas à apprendre des formules parfaites.
Il consiste à reconnaître les mécanismes qui nous rendent prévisiblement imparfaits :
- l’ego ;
- le stress ;
- la fatigue ;
- les biais cognitifs ;
- les erreurs d’interprétation ;
- la peur du rejet ;
- le besoin de statut ;
- la difficulté à reconnaître une erreur.
L’objectif n’est pas de devenir une personne sans ego.
Une telle personne serait probablement soit fictive, soit en train de vendre une formation extrêmement chère sur Internet.
L’objectif est de devenir capable de remarquer :
« Mon ego cherche actuellement à gagner. Mais quelle décision protège réellement la relation, la mission ou la vérité ? »
Dans l’application Allectio, ces mécanismes peuvent être travaillés à travers :
- des situations concrètes ;
- des quiz sur les biais ;
- des exercices de prise de décision ;
- des scénarios de couple ;
- des conflits professionnels ;
- des outils de communication ;
- des méthodes d’observation et de vérification.
Parce qu’une relation ne s’abîme pas uniquement lorsque deux personnes ne s’aiment plus.
Elle peut aussi s’abîmer lorsque chacune préfère protéger son image plutôt que comprendre l’autre.
Questions fréquentes sur l’ego
Avoir beaucoup d’ego signifie-t-il être narcissique ?
Non. Le narcissisme correspond à un ensemble de traits spécifiques. Toute personne possède une image d’elle-même et peut réagir défensivement lorsqu’elle se sent critiquée. Il faut éviter de transformer chaque comportement égocentré en diagnostic.
Comment savoir si je défends mes limites ou mon ego ?
Demandez-vous si votre objectif est de protéger votre sécurité et votre dignité, ou d’empêcher l’autre de constater que vous pourriez avoir tort. Une limite saine peut être expliquée. Un ego défensif cherche souvent à dominer, humilier ou effacer le désaccord.
Peut-on avoir confiance en soi sans avoir un ego surdimensionné ?
Oui. Une confiance stable permet généralement de reconnaître plus facilement ses limites. Le problème n’est pas une estime de soi élevée en elle-même, mais une image de soi rigide, défensive ou dépendante de la supériorité.
Pourquoi certaines personnes ne reconnaissent-elles jamais leurs erreurs ?
Reconnaître l’erreur peut menacer leur identité, leur statut ou leur sentiment de contrôle. La justification devient alors un moyen de protection psychologique. Cela explique le comportement, mais ne le rend pas acceptable.
Comment parler à une personne dont l’ego est très défensif ?
Restez factuel, évitez les humiliations publiques, parlez d’un comportement précis et posez des limites claires. Vous ne pourrez toutefois pas obliger une personne à se remettre en question si elle refuse systématiquement tout retour.
Conclusion : avoir raison ou avancer
L’ego promet de nous protéger.
Mais lorsqu’il devient défensif, il peut nous pousser à :
- rejeter une information utile ;
- blesser une personne qui voulait nous aider ;
- maintenir une mauvaise décision ;
- aggraver une dispute ;
- perdre une relation ;
- créer le silence dans une équipe ;
- préférer l’apparence de la compétence à la compétence réelle.
La question essentielle n’est donc pas :
« Comment ne plus jamais être blessé dans mon ego ? »
Elle est :
« Que vais-je décider lorsque mon ego est blessé ? »
Nous pouvons attaquer.
Nous justifier.
Nous fuir.
Nous chercher un coupable.
Ou faire quelque chose de beaucoup plus difficile :
écouter, vérifier, reconnaître notre limite et choisir une solution meilleure que notre première réaction.
L’ego veut sortir vainqueur de la conversation. Le facteur humain cherche à faire sortir tout le monde vivant, informé et capable d’avancer.
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