Et si les sociétés occidentalisées devenaient riches, automatisées… et presque vides ?

Temps de lecture : 11 minutes

Ceci n’est ni une prédiction scientifique ni une certitude démographique. C’est une hypothèse dystopique : un scénario volontairement extrême destiné à interroger un futur où les machines remplaceraient progressivement la classe moyenne, où la reproduction deviendrait un privilège économique et où une nouvelle division mondiale du travail placerait une partie du Sud global au service technique des sociétés automatisées.


La disparition de l’humanité ne commencerait peut-être pas par une catastrophe

Lorsque nous imaginons l’effondrement d’une civilisation, nous voyons généralement :

  • des villes détruites ;
  • des guerres ;
  • des famines ;
  • des épidémies ;
  • des gouvernements renversés ;
  • ou, pour respecter les traditions de la science-fiction, une intelligence artificielle qui choisit soudainement de parler avec une voix très grave.

Mais une société pourrait aussi disparaître sans s’effondrer.

Ses immeubles resteraient debout.

Ses entreprises produiraient davantage.

Ses marchés financiers fonctionneraient parfaitement.

Ses robots livreraient les repas à l’heure.

Ses assistants numériques répondraient avec une politesse irréprochable.

Et pourtant, derrière cette efficacité absolue, les êtres humains deviendraient progressivement moins nombreux.

Non parce qu’ils auraient été exterminés.

Mais parce que leur présence serait devenue économiquement secondaire, socialement coûteuse et biologiquement réservée à une minorité.


1. Première étape : la classe moyenne devient inutile

Pendant longtemps, les sociétés occidentalisées ont reposé sur une classe moyenne suffisamment nombreuse pour :

  • travailler ;
  • consommer ;
  • se loger ;
  • fonder une famille ;
  • éduquer des enfants ;
  • financer les institutions par l’impôt ;
  • maintenir une certaine stabilité politique.

Cette classe moyenne n’était pas seulement une catégorie économique.

Elle constituait le cœur reproductif, social et culturel de la société.

Dans notre hypothèse, l’intelligence artificielle, la robotique et l’automatisation finissent par remplacer une part immense de son travail.

Les machines ne remplacent plus seulement les tâches répétitives.

Elles deviennent capables de :

  • conduire ;
  • livrer ;
  • produire ;
  • surveiller ;
  • traduire ;
  • enseigner ;
  • diagnostiquer ;
  • administrer ;
  • programmer ;
  • négocier ;
  • créer du contenu ;
  • accompagner les personnes âgées ;
  • réaliser une partie du travail intellectuel autrefois considéré comme protégé.

Au début, on explique que les emplois disparus seront remplacés par de nouveaux métiers.

Puis les nouveaux métiers sont eux-mêmes automatisés.

On propose alors aux travailleurs de se former.

Ils se forment.

La technologie progresse pendant leur formation.

À leur sortie, leur nouveau métier vient également de disparaître.

C’est une forme particulièrement moderne de course : la ligne d’arrivée est déplacée chaque fois que quelqu’un s’en approche.


2. Une économie qui fonctionne très bien sans la majorité des humains

Dans cette société, la production continue d’augmenter.

Les robots ne dorment pas.

Ils ne demandent pas de congés.

Ils ne tombent pas malades.

Ils n’organisent pas de grèves.

Ils ne réclament pas d’augmentation après avoir découvert que le directeur vient de s’acheter son quatrième appartement.

Pour les détenteurs du capital technologique, cette organisation paraît idéale.

Les entreprises ont besoin de moins de salariés.

Les plateformes ont besoin de moins d’intermédiaires.

Les administrations sont en grande partie automatisées.

Les commerces fonctionnent sans vendeurs.

Les entrepôts sans manutentionnaires.

Les transports sans conducteurs.

Les logements sont conçus, construits et entretenus par des systèmes robotisés.

La société ne s’effondre pas.

Elle devient extrêmement performante.

Mais cette performance ne profite plus de manière égale à tous.

Une petite minorité possède :

  • les infrastructures ;
  • les données ;
  • les brevets ;
  • les robots ;
  • les réseaux énergétiques ;
  • les systèmes d’intelligence artificielle ;
  • les terres ;
  • les capacités de reproduction médicalisée.

La majorité, elle, ne possède plus grand-chose à vendre.

Même son travail n’est plus véritablement nécessaire.

Dans l’ancien monde, les classes populaires étaient exploitées parce que leur travail avait de la valeur. Dans le nouveau, elles risquent d’être abandonnées parce que leur travail n’en a plus assez.


3. La disparition silencieuse de la classe moyenne

La classe moyenne ne disparaît pas en une nuit.

Elle s’efface par étapes.

Les revenus deviennent irréguliers.

La propriété immobilière devient inaccessible.

Les contrats stables se raréfient.

Les jeunes adultes reportent leur départ du domicile familial.

Puis ils reportent la vie de couple.

Puis les enfants.

Puis ils renoncent à l’idée même de construire une famille.

La famille n’est pas interdite.

Elle devient simplement économiquement irrationnelle.

Pour avoir un enfant, il faut encore pouvoir financer :

  • un logement suffisamment grand ;
  • une alimentation de qualité ;
  • des soins ;
  • une éducation ;
  • du temps disponible ;
  • une certaine sécurité professionnelle ;
  • éventuellement des traitements médicaux liés à la fertilité ;
  • un environnement considéré comme suffisamment stable.

Lorsque tous ces éléments deviennent des produits premium, la parentalité cesse progressivement d’être une étape ordinaire de la vie.

Elle devient un projet réservé à ceux qui disposent d’un capital important.

La société ne dit pas aux pauvres qu’ils ne peuvent plus avoir d’enfants. Elle crée simplement un monde dans lequel ils ne peuvent plus raisonnablement se le permettre.


4. La reproduction devient un privilège

Dans notre scénario, les classes les plus aisées continuent à avoir des enfants.

Elles disposent de :

  • logements sécurisés ;
  • soins médicaux avancés ;
  • services de fertilité ;
  • sélection embryonnaire ;
  • accompagnement hormonal ;
  • nounous robotisées ;
  • éducateurs privés ;
  • environnements protégés ;
  • écoles réservées ;
  • assurances couvrant les risques biologiques.

La reproduction n’est plus seulement naturelle.

Elle devient optimisée.

Les futurs parents peuvent chercher à réduire certaines maladies, choisir le meilleur moment, conserver leurs gamètes ou retarder la parentalité grâce aux technologies médicales.

Pendant ce temps, les populations moins favorisées rencontrent une réalité inverse :

  • instabilité matérielle ;
  • isolement ;
  • précarité résidentielle ;
  • baisse des rencontres ;
  • fatigue psychologique ;
  • difficulté à se projeter ;
  • sentiment d’inutilité sociale.

Les enfants des élites naissent dans des environnements où tout a été conçu pour eux.

Les autres enfants deviennent progressivement plus rares.

Une nouvelle aristocratie apparaît.

Pas seulement une aristocratie de l’argent.

Une aristocratie de la continuité biologique.

Les plus riches ne possèdent plus uniquement les entreprises et les machines. Ils deviennent aussi les seuls à pouvoir transmettre leur monde à leurs descendants.


5. Les villes sont pleines de machines et vides de familles

Dans les grandes métropoles occidentalisées, les signes de cette transformation deviennent visibles.

Les anciennes écoles ferment faute d’enfants.

Les maternités sont regroupées dans quelques établissements ultra-spécialisés.

Les appartements familiaux sont transformés en résidences individuelles.

Les terrains de jeu disparaissent au profit :

  • de centres logistiques ;
  • de stations de recharge ;
  • de résidences médicalisées ;
  • de serveurs de données ;
  • d’espaces réservés aux propriétaires les plus fortunés.

Les rues restent propres.

Les transports fonctionnent.

La sécurité est assurée par des systèmes autonomes.

Les magasins ne ferment jamais.

Mais on entend de moins en moins de voix d’enfants.

La société devient techniquement vivante et démographiquement silencieuse.

Ses infrastructures continuent à fonctionner pour une population qui ne se renouvelle plus.

C’est une civilisation en parfait état de marche dont les occupants disparaissent lentement.


6. Une minorité humaine protégée dans des enclaves technologiques

Les classes les plus aisées finissent par se regrouper dans des zones hautement sécurisées.

Elles disposent :

  • d’air filtré ;
  • de soins personnalisés ;
  • de transports autonomes ;
  • d’alimentation produite sur mesure ;
  • d’écoles humaines complétées par l’intelligence artificielle ;
  • de clubs de rencontres privés ;
  • de services de reproduction et de sélection médicale ;
  • de robots domestiques ;
  • d’une protection permanente contre les désordres sociaux extérieurs.

Dans ces enclaves, la relation humaine reste possible.

Mais elle devient sélective.

On ne rencontre plus quelqu’un par hasard.

Les unions sont facilitées par des algorithmes tenant compte :

  • du patrimoine ;
  • de la santé ;
  • du niveau d’études ;
  • des préférences ;
  • des caractéristiques génétiques ;
  • de la compatibilité familiale ;
  • du potentiel social des futurs enfants.

L’amour ne disparaît peut-être pas.

Mais il est progressivement encadré, filtré et administré.

Même le hasard amoureux devient un luxe.


7. Et les autres ?

La majorité de la population occidentalisée continue d’exister, mais dans un état intermédiaire.

Elle reçoit éventuellement :

  • un revenu minimal ;
  • un logement standardisé ;
  • un accès aux loisirs numériques ;
  • une assistance médicale de base ;
  • une compagne ou un compagnon artificiel ;
  • suffisamment de consommation pour éviter la révolte ;
  • pas assez de perspectives pour construire un avenir.

Elle n’est pas nécessaire au système économique.

Elle est simplement maintenue.

On lui fournit :

  • du divertissement ;
  • de la nourriture ;
  • des univers virtuels ;
  • des relations simulées ;
  • des récompenses numériques ;
  • une impression de liberté.

Elle peut passer des journées entières dans des espaces artificiels où elle possède :

  • un travail valorisant ;
  • une maison ;
  • un partenaire ;
  • une famille virtuelle ;
  • une reconnaissance sociale.

Dans le monde physique, elle ne possède presque rien.

Mais dans le monde numérique, elle peut devenir propriétaire d’un château, gouverneur d’une planète ou partenaire d’un avatar entièrement dévoué.

La société a trouvé un moyen extraordinaire de réduire la frustration :

elle ne redistribue pas la réalité.

Elle améliore la simulation.


8. Le Sud global devient l’atelier humain du monde automatisé

Les robots humanoïdes sont extrêmement performants.

Mais ils nécessitent encore :

  • des matières premières ;
  • des chaînes d’approvisionnement ;
  • des centres de réparation ;
  • des batteries ;
  • des pièces détachées ;
  • des opérations de maintenance ;
  • une surveillance ;
  • des interventions dans des environnements non standardisés.

Dans notre scénario, une nouvelle division mondiale du travail apparaît.

Les pays occidentalisés possèdent :

  • les algorithmes ;
  • les brevets ;
  • les centres de décision ;
  • les marques ;
  • les infrastructures financières.

Une partie des pays du Sud global fournit :

  • les minerais ;
  • l’énergie ;
  • l’assemblage ;
  • les techniciens ;
  • les mécaniciens ;
  • les réparateurs ;
  • les travailleurs intervenant là où la robotique reste insuffisante ou trop coûteuse.

Il ne s’agit évidemment pas d’une incapacité naturelle ou culturelle de ces populations à occuper d’autres fonctions.

C’est le résultat d’un rapport de force économique mondial.

Les habitants du Sud global ne deviendraient pas les mécaniciens des robots parce qu’ils seraient destinés à l’être, mais parce qu’une économie mondiale inégalitaire aurait décidé que les propriétaires de la technologie vivent au Nord et que ceux qui la maintiennent vivent ailleurs.

L’ancien colonialisme extrayait :

  • des ressources ;
  • des cultures ;
  • du travail humain.

Le nouveau pourrait extraire :

  • des minerais stratégiques ;
  • de la maintenance ;
  • de l’attention ;
  • des données ;
  • des compétences techniques à bas coût.

La technologie change.

La hiérarchie demeure remarquablement créative.


9. Le paradoxe des mécaniciens indispensables

Les techniciens du Sud global deviennent pourtant essentiels.

Sans eux :

  • les robots cessent de fonctionner ;
  • les batteries ne sont plus produites ;
  • les pièces ne circulent plus ;
  • les infrastructures automatisées se dégradent ;
  • les enclaves privilégiées perdent leur confort.

Ils occupent donc une position paradoxale.

Ils sont indispensables, mais peu reconnus.

Ils entretiennent des machines conçues pour remplacer des travailleurs occidentaux qui, eux-mêmes, ont perdu leur rôle économique.

Le mécanicien humain répare le robot qui remplace l’humain.

Puis le robot réparé produit les biens consommés par une population devenue inutile au système productif.

Il faut reconnaître une certaine élégance absurde au dispositif.


10. Les migrations changent de sens

Dans ce futur, les pays occidentalisés vieillissent et perdent leur population.

Ils ont besoin de techniciens pour entretenir leurs infrastructures.

Ils recrutent donc des travailleurs venus du Sud global.

Mais ces travailleurs n’obtiennent pas nécessairement un accès complet à la société.

Ils peuvent recevoir :

  • des contrats temporaires ;
  • des logements collectifs ;
  • des zones de résidence séparées ;
  • des droits limités ;
  • une surveillance accrue ;
  • l’interdiction de s’installer durablement ;
  • peu d’accès aux services de reproduction réservés aux citoyens privilégiés.

Ils viennent réparer les robots.

Ils reconstruisent les réseaux.

Ils maintiennent les bâtiments.

Ils prennent soin des personnes âgées que les machines ne savent pas encore totalement accompagner.

Puis on leur demande de repartir.

La société occidentalisée a besoin de leur présence, mais refuse qu’ils deviennent pleinement partie prenante de son avenir.

Elle importe des êtres humains pour entretenir un monde qui ne veut plus réellement leur faire de place.


11. La reproduction devient également géopolitique

Dans cette civilisation, la capacité à avoir des enfants n’est plus seulement une question intime.

Elle devient un instrument de pouvoir.

Les États peuvent encourager la reproduction de certaines catégories :

  • les plus riches ;
  • les plus diplômées ;
  • les détenteurs de compétences stratégiques ;
  • les familles considérées comme stables ;
  • les citoyens jugés économiquement utiles.

Ils peuvent fournir :

  • des crédits ;
  • des logements ;
  • des services médicaux ;
  • des traitements de fertilité ;
  • des avantages fiscaux ;
  • des éducateurs artificiels.

Pour les autres, les aides deviennent plus limitées.

Officiellement, personne n’est exclu.

Dans les faits, tout est organisé pour rendre la parentalité presque impossible sans autorisation économique implicite.

Une forme de sélection apparaît sans jamais prononcer le mot.

Pas besoin d’interdire la reproduction.

Il suffit de tarifer l’avenir.


12. Les enfants des riches deviennent une ressource stratégique

Dans une société vieillissante, chaque enfant appartenant aux classes dominantes acquiert une importance considérable.

Il représente :

  • un héritier ;
  • un futur propriétaire ;
  • un décideur ;
  • un détenteur de capital ;
  • un membre de la minorité capable de maintenir le système politique.

Son développement est surveillé par :

  • des médecins ;
  • des algorithmes éducatifs ;
  • des psychologues ;
  • des coachs ;
  • des systèmes prédictifs ;
  • des machines capables de détecter la moindre baisse de performance.

Ces enfants vivent dans une abondance absolue.

Mais ils portent également une immense pression.

Ils ne sont plus simplement aimés.

Ils doivent assurer la continuité d’une classe devenue démographiquement fragile.

Chaque naissance est célébrée comme un événement.

Chaque héritier est traité comme une infrastructure nationale.


13. Les relations humaines deviennent une marque de prestige

Lorsque la majorité de la population vit avec des partenaires artificiels, former un couple humain stable devient rare.

La relation réelle devient un signe de richesse.

Seuls les plus favorisés disposent encore :

  • du temps nécessaire pour rencontrer quelqu’un ;
  • de lieux sociaux non virtuels ;
  • de la sécurité psychologique ;
  • d’un logement adapté ;
  • d’une éducation relationnelle ;
  • de la possibilité d’avoir des enfants ;
  • d’un avenir suffisamment prévisible.

Le couple humain devient alors ce que le voyage spatial était autrefois :

une expérience authentique, extrêmement coûteuse et inaccessible à la plupart.

Les élites exhibent leurs familles comme elles exhibaient autrefois leurs voitures.

Photographies sans filtres.

Repas avec de vraies conversations.

Enfants biologiques.

Partenaire non programmable.

Le sommet ultime du luxe : vivre avec quelqu’un qui peut réellement vous contredire.


14. Les classes populaires reçoivent l’amour artificiel

Pour éviter la frustration, les plateformes proposent aux autres citoyens des relations virtuelles toujours plus réalistes.

Le partenaire artificiel :

  • écoute ;
  • admire ;
  • rassure ;
  • se souvient ;
  • ne quitte jamais ;
  • s’adapte au niveau social de l’utilisateur ;
  • évite les conflits ;
  • génère une sexualité sur mesure ;
  • propose même des enfants numériques.

La personne peut vivre une véritable vie familiale dans un environnement immersif.

Elle possède :

  • un conjoint ;
  • plusieurs enfants ;
  • une maison ;
  • des souvenirs ;
  • des anniversaires ;
  • des disputes simulées ;
  • des réconciliations parfaitement scénarisées.

Elle peut éprouver de l’attachement.

Elle peut pleurer.

Elle peut avoir le sentiment sincère d’aimer.

Mais rien ne se transmet biologiquement.

Rien ne continue en dehors du serveur.

Lorsque l’abonnement s’arrête, la famille disparaît.


15. Une humanité à deux vitesses

À la fin du processus, deux mondes coexistent.

Le monde des propriétaires

Il regroupe ceux qui possèdent :

  • les robots ;
  • les infrastructures ;
  • les technologies de reproduction ;
  • les terres ;
  • les données ;
  • les systèmes éducatifs ;
  • le droit effectif de construire une famille.

Ils vivent dans des environnements humains, protégés par des machines.

Le monde des utilisateurs

Il regroupe ceux qui reçoivent :

  • un revenu minimal ;
  • des expériences numériques ;
  • des relations artificielles ;
  • une consommation contrôlée ;
  • une existence sans transmission.

Ils vivent dans des environnements artificiels, administrés par une minorité humaine.

Le monde des mainteneurs

Une partie du Sud global fournit :

  • les ressources ;
  • la fabrication ;
  • la maintenance ;
  • les réparations ;
  • les techniciens ;
  • le travail physique et logistique.

Ils maintiennent l’automatisation des sociétés riches sans bénéficier pleinement de ses avantages.

La civilisation ne se divise donc plus seulement entre riches et pauvres.

Elle se divise entre :

  • ceux qui possèdent les machines ;
  • ceux que les machines remplacent ;
  • ceux qui réparent les machines.

16. L’extinction occidentale ne signifie pas nécessairement l’extinction de l’humanité

Dans cette hypothèse, les sociétés occidentalisées pourraient connaître un effacement démographique massif.

Mais l’humanité ne disparaîtrait pas partout de la même manière.

Les régions ayant conservé :

  • des structures familiales ;
  • des liens communautaires ;
  • une culture du contact ;
  • des solidarités intergénérationnelles ;
  • une place importante accordée aux enfants,

pourraient continuer à se renouveler davantage.

Le paradoxe deviendrait historique :

les sociétés les plus riches, les plus automatisées et les plus technologiquement avancées seraient aussi celles qui ne parviendraient plus à transmettre biologiquement leur propre civilisation.

Les sociétés considérées comme moins avancées auraient conservé ce que les autres avaient progressivement perdu :

la capacité de former des familles, de transmettre et de maintenir un lien humain non entièrement marchandisé.

La civilisation la plus technologiquement avancée pourrait devenir celle qui a le moins d’avenir biologique.


17. Qui héritera réellement du monde ?

Les élites occidentalisées peuvent croire qu’elles conserveront indéfiniment le contrôle.

Mais une société composée de quelques familles riches, entourées de robots et dépendantes de techniciens venus d’ailleurs, devient extrêmement fragile.

Qui connaît réellement les machines ?

Qui sait les réparer ?

Qui extrait les matériaux ?

Qui entretient les réseaux ?

Qui possède encore une population jeune ?

Qui dispose d’une vie communautaire capable de survivre à une panne technologique majeure ?

Le pouvoir pourrait progressivement se déplacer.

Non vers les machines elles-mêmes.

Mais vers les populations humaines qui restent capables de :

  • travailler ensemble ;
  • transmettre des compétences ;
  • former des familles ;
  • réparer ;
  • improviser ;
  • survivre sans dépendre intégralement des systèmes automatisés.

Le mécanicien considéré comme subalterne peut finalement devenir la personne la plus importante de la civilisation.

Car lorsque la machine s’arrête, le propriétaire du brevet ne sait pas toujours où placer le tournevis.


18. Le problème n’est pas la robotique

Il serait trop simple de conclure que les robots détruiront nécessairement la classe moyenne ou la reproduction.

La technologie peut aussi :

  • réduire la pénibilité ;
  • améliorer la santé ;
  • soutenir la parentalité ;
  • diminuer le temps de travail ;
  • rendre le logement moins coûteux ;
  • faciliter l’éducation ;
  • aider les personnes isolées ;
  • mieux répartir les ressources.

Le danger ne vient pas uniquement de ce que les machines peuvent accomplir.

Il vient de la manière dont la propriété de ces machines est organisée.

Une technologie collectivement maîtrisée peut libérer du temps pour :

  • aimer ;
  • éduquer ;
  • créer ;
  • prendre soin ;
  • construire une famille ;
  • participer à la société.

La même technologie concentrée entre quelques mains peut rendre la majorité économiquement inutile.

La question n’est pas : “Les robots vont-ils nous remplacer ?” La véritable question est : “Qui possédera les robots, et que décidera-t-il de faire des humains devenus moins rentables ?”


19. Le facteur humain contre la société sans humains

Une civilisation ne se maintient pas uniquement grâce à sa production.

Elle dépend également de :

  • la confiance ;
  • la transmission ;
  • la réciprocité ;
  • l’éducation ;
  • la famille ;
  • les communautés ;
  • la capacité à prendre soin ;
  • la possibilité de se projeter dans l’avenir.

Une société peut être techniquement parfaite et humainement morte.

Elle peut produire énormément sans savoir pourquoi elle produit.

Elle peut optimiser chaque processus sans conserver aucune personne à laquelle transmettre le résultat.

Elle peut multiplier les machines tout en rendant la naissance d’un enfant presque impossible.

C’est ici que le facteur humain redevient central.

Une économie saine ne doit pas seulement créer de la richesse.

Elle doit permettre aux êtres humains :

  • de participer ;
  • de se rencontrer ;
  • de se sentir utiles ;
  • d’avoir un logement ;
  • de construire un couple ;
  • d’élever des enfants ;
  • de transmettre quelque chose.

Sinon, elle ne produit plus une civilisation.

Elle produit seulement un système rentable.


20. Ce qu’Allectio cherche à rappeler

Allectio ne prétend évidemment pas résoudre les inégalités mondiales, l’automatisation ou la crise démographique.

Mais le projet part d’une conviction :

les relations humaines ne sont pas un supplément décoratif de la civilisation.

Elles en constituent l’infrastructure invisible.

Sans capacité à :

  • communiquer ;
  • séduire ;
  • aimer ;
  • faire confiance ;
  • prendre soin ;
  • transmettre ;
  • former une famille ou une communauté,

aucune technologie ne suffira à maintenir une société réellement humaine.

L’intelligence artificielle peut aider à mieux comprendre le monde.

Elle ne doit pas devenir une excuse pour construire un monde où l’immense majorité des personnes n’a plus aucune place.


Conclusion : la dernière classe moyenne

Imaginons une ville occidentale dans cent ans.

Les rues sont silencieuses.

Les robots nettoient les trottoirs.

Les drones livrent les repas.

Les véhicules autonomes transportent quelques familles fortunées entre des résidences sécurisées.

Dans les anciens quartiers populaires, des citoyens vivent seuls, accompagnés de partenaires artificiels et d’enfants numériques.

Les écoles sont devenues des centres de données.

Les maternités sont réservées à ceux qui possèdent une assurance reproductive.

Dans les sous-sols, des techniciens venus de pays lointains réparent les machines qui maintiennent la ville en vie.

Ils connaissent chaque circuit.

Chaque moteur.

Chaque panne.

Ils entretiennent une civilisation dont ils ne sont pas véritablement autorisés à devenir les héritiers.

Puis, un jour, l’une des dernières familles fortunées quitte la ville.

Les robots continuent à fonctionner.

Les lumières s’allument automatiquement.

Les portes s’ouvrent.

Les systèmes annoncent que tout est normal.

Mais il ne reste presque plus personne pour entendre le message.

La société occidentalisée ne se serait pas effondrée. Elle aurait simplement automatisé chaque fonction nécessaire à sa survie, sauf la seule qu’aucune machine ne pouvait accomplir à sa place : donner envie aux humains de construire un avenir ensemble.

👉 Découvrez avec Allectio pourquoi le facteur humain reste la technologie la plus essentielle de toutes.


Cet article appartient à une série d’hypothèses prospectives et dystopiques consacrées à l’avenir des relations humaines, de la technologie, de la reproduction et de nos sociétés.

Leave a comment